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Nicole HASSLER par Marguerite Menz
 « L'art et la vie vont de pair, l'art et la vie sont tous deux des formes d'expression de la vérité». Piet Mondrian Cosmétiques et produits de beauté. Le mot cosmétique vient du grec « cosmos » qui ne signifie pas seulement « univers » mais également « ordre » et « parure ». Nicole Hassler transforme les produits cosmétiques en art. Au début de sa carrière artistique, il y avait des tableaux de nuit noire, de couleur anthracite ou gris. Pensait-elle déjà à cette période au maquillage ? Aux traits de crayon à paupière, au mascara ou aux Japonaises qui, autrefois, se laquaient les dents en noir ? Les peintures monochromes de noirs sont toutefois arrivées à un aboutissement, ne permettant que le retour à la lumière du jour et à la couleur. En conservant son affinité à la monochromie et à une démarche artistique minimale, l’artiste a changé radicalement son nuancier et n'utilise plus que des matériaux provenant de l'industrie cosmétique. Elle a commencé par appliquer un fond de teint, mélangé aux résines de silicone ou d’alkyde sur un support en fibre de verre alvéolée - des séries de peintures carrées - dans différents tons de rose-beige-brun : « Dior, teint idéal, mat, 805 clair rose » ou « MAC, fond de teint satiné N2 ». Une surface peinte se transforme en peau et produit donc l'inverse de ce que des artistes comme Yves Klein ou Günther Brus pratiquaient au happening dans les années soixante, lorsqu'ils se servaient du corps comme support. Les Tondi d'une installation de 2002, « Compact Powder », portent des noms féminins. On peut les qualifier de portraits abstraits. Parallèlement, on assiste aux premiers travaux utilisant du vernis à ongle, audacieux et colorés, 10 cm x 5 cm sur un support d’environ 3 cm d'épaisseur. Plus objet que tableau, les vernis sont souvent présentés par série, parfois de manière isolée dans un emballage hermétique en plastique transparent. L'art en format de poche. Alors que la surface des tableaux de maquillage semble tendre et veloutée, fragile même, le vernis à ongle forme une couche protectrice dure. La gamme des couleurs, notamment disponible sur le marché, est quasiment illimitée. La série « Hot Red NP », 2004, à elle seule, regroupe cinq rangées constituées de vingt éléments chacune, et forme une peinture unique qui se décline en une centaine de tons de rouge différents. Il existe des vernis mats et brillants, fluorescents et phosphorescents, avec des paillettes ou nacrés. La vidéo « Otage » (2004) montre une femme qui se vernit les ongles, - calme et concentrée. L’application du vernis serait abîmée par la moindre inattention ou par un mauvais mouvement. La scène est interrompue par des extraits d'un journal télévisé parlant d'une prise d’otages d'un avion au dénouement heureux. Parmi les otages libérés, une jeune femme voilée : Nicole Hassler. Cet événement est daté et pourtant les gestes réfléchis des mains agissent comme une incantation, comme un rituel permettant de surmonter le passé. La mémoire aussi s’inscrit dans son travail ; des titres d'œuvre comme « Berlin NP », « Barcelona NP » ou « Glow in the Dark, London » renvoient aux séjours dans des villes étrangères, toujours à la recherche de nouveaux produits, où les délicats flacons aux couleurs précieuses ont été achetés. Récemment ont été créés de nouveaux formats. La série « Ocean Nail Polish Paintings » (2007) rassemble pour la première fois, des rectangles peints de différentes tailles dans les couleurs rafraîchissantes de bleu-vert-gris de la mer. L'austérité de la structure horizontale-verticale des séries précédentes est atténuée au bénéfice d'un principe d'ordre plus rythmique. Aussi bien les grandes séries constituées de vingt-six tableaux, que l’assemblage de petits formats, recomposent un rectangle, et font penser inévitablement à des œuvres de Mondrian ou du groupe De Stijl. Theo van Doesburg avait écrit en 1921 : « Peindre signifie, assembler les couleurs en une unité ». Contrairement au passé, les couleurs de Nicole Hassler, - de vernis à ongle et de maquillage -, sont devenues sensuelles et expressives. Marguerite Menz. Avril 2007
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