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Antoni Clavé… J’ai bien connu Antoni Clavé avec lequel j’ai eu des rapports amicaux depuis environ 30 ans. Le premier contact que j’ai eu avec lui ou plutôt avec son œuvre est dû à l’achat que j’ai fait chez CREUZEVAULT qui était à l’époque son marchand, Avenue Matignon à Paris. Au sous-sol de la galerie se trouvait en effet une grande porte en bois peinte intitulée « le Roi ouvrant la porte ». Ce tableau ne faisait pas partie de l’exposition que la galerie CREUZEVAULT avait organisée et qui était une exposition de groupe intitulée « diptyques ou triptyques ». Le galeriste avait remis à chacun des exposants un diptyque ou un triptyque en bois qui devait être peint, mais Antoni Clavé a préféré utiliser deux vieilles armoires de cuisine qui se trouvaient dans son atelier et qu’il a présentées, portes ouvertes, en y ajoutant des objets à l’intérieur. Ce n’est que quelques temps après que j’ai fait sa connaissance personnelle. Il est né en 1913 à BARCELONE. Il a été attiré très jeune par la peinture alors même qu’il travaillait dès l’âge de 13 ans comme commis dans un commerce de vente de gaines et de corsets, puis dans une entreprise de peinture où il a appris à manier la brosse et le bois, tout en suivant les cours à l’Ecole des Beaux-Arts. En 1939, il a traversé les Pyrénées après la défaite des Républicains pour se réfugier en France. Sa rencontre avec PICASSO le 26 août 1944 a été décisive. Si PICASSO a refait « les Ménines » ou les « Déjeuners sur l’herbe », Clavé a refait la silhouette du Gréco. Il a commencé par exposer à Londres, puis à New-York, à Barcelone, au Musée Rath à Genève, à Tokyo, à Osaka et chez Beyeler, puis au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. En 1963, il s’installe au Cap St Pierre à St-Tropez où il construit une maison et un très grand atelier, puis ultérieurement un 2ème atelier dédié à la gravure. Dans ce 2ème atelier se trouvaient des presses qui lui ont permis de développer sa technique toute personnelle et de mettre en œuvre ses découvertes grâce auxquelles il a pu donner toute sa mesure dans ce domaine qui lui est devenu tout à fait familier. Pour Clavé, l’atelier avait une importance primordiale dès lors qu’il a toujours déclaré qu’il ne pouvait pas travailler ailleurs que dans son atelier et il ajoutait :« Quand je suis mon atelier, je ne veux pas dire celui que j’ai la chance d’avoir aujourd’hui. Quand je travaillais dans ma chambre de bonne, c’était pareil. L’atelier, c’est ce rectangle où je travaille… où même ma femme ne rentre pas ». J’ai eu beaucoup de chance d’avoir été admis dans son atelier et ceci à de nombreuses reprises. C’est là où j’ai vu les Gréco, les Rois, les Guerriers, puis plus tard les Papiers froissés ou les Arêtes de poisson. Pour lui, l’atelier, c’est l’échoppe de l’artisan et il a dit qu’il a besoin de ça comme le menuisier a besoin de son atelier, il a besoin de tout son désordre « de tout mon atelier à moi » car « c’est mon cocon, c’est mon village, c’est ma rue, c’est mon quartier… ». A l’origine, Clavé était un dessinateur émérite. A 18 ans, il compose des bandes dessinées, des affiches publicitaires, des grandes affiches de films, mais très vite il va rompre avec le classicisme et sa peinture va devenir « fantastique », parfois burlesque. Ce seront les collages, les incrustations dans la peinture comme les favoris collés sur un visage, un anneau de rideau attaché à un batteur de cuisine, un support en carton, en isorel ou en linoléum avec du sable incrusté, du plâtre, des matériaux divers, des étoffes, du papier froissé, des punaises ou des arêtes de poisson et , souvent, des vieux tapis, des gants ou encore ses propres lithographies qui tiennent lieu de fond sur lequel il va peindre. Il va incorporer des objets usuels en métal, il va employer des bouts de ficelle, des clous et un loquet de porte dans le « Roi ouvrant la porte ». Et c’est Pierre Seghers qui écrivait : « Certes une toile de Clavé surprend. Si ébaubi signifie littéralement « rendre bègue » il est des compositions de Clavé qui vous coupent le souffle ». Avec Antoni Clavé, c’est la Catalogne qui est venue enrichir l’Ecole de Paris, tout comme Picasso, Dali, Gonzalès et Miro. La presse unanime avait appelé de ses vœux une rétrospective des œuvres de Clavé pour rendre justice à cet immense artiste. Après plus de 50 années de travail en France, le moment est venu de lui rendre cet hommage mérité. Antoni Clavé s’était déclaré ravi d’exposer dans ce lieu magique, et le projet a pu aboutir grâce à son épouse Madeleine et à l’implication constante de son petit fils Emmanuel que je remercie. L’Espace FERNET BRANCA est heureux de présenter au public l’œuvre de ce géant de la peinture et de la sculpture. Gérard CAHN Président de la Commission Artistique de l’Espace d’Art Contemporain FERNET BRANCA Commissaire de l’exposition
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